Henri Lacombe

Qui suis-je ?

 

« Un enfant timide » disait ma mère au début de chaque année scolaire. « Il faut l’inciter à parler aux autres » insistait-elle auprès de ma maîtresse. Alors, elle me donnait des bonbons et s’inquiétait le soir après l’école, de savoir si je m’étais fait des amis.

« Qu’il est tête en l’air ! Mais fais donc attention ! » criait mon père. Nous ne nous sommes jamais compris. « C’est un rêveur » répétait ma mère qui était plus raisonnable.

Moi, je cassais tout et ne comprenais pas pourquoi j’étais aussi inattentif à la vie, aux gens et aux choses qui m’entouraient. Pour moi, je vivais normalement, mais déjà la différence était ancrée.

Car je suis né avec et je mourrai avec.

J’ai grandi en sachant que ma vie n’est pas celle qui m’était destinée.

 

Ma scolarité a été faite des mêmes remarques, des mêmes problèmes, des mêmes recommencements. Beaucoup venaient vers moi, mais ce n’est qu’avec peu d’entre eux que je discutais, que j’échangeais et qui devenaient mes amis.

« L’intellectuel ». Si on avait des questions, c’est vers moi souvent qu’on se tournait, moi qui me savais si ordinaire. Pourquoi me traitait-on ainsi d’intellectuel ? Qu’avais-je donc fait ? Rien. Je ne disais simplement pas les mêmes choses que les autres, je ne m’intéressais pas aux mêmes choses que les autres, je ne participais jamais aux sorties, aux boums ni aux rassemblements. Je ne comprenais pas pourquoi, les autres non plus.

Pourtant je n’ai jamais eu d’ennemi, du moins je ne m’en souviens pas. Je n’ai jamais eu affaire à des querelles ou des crises, mais toujours à la bienveillance des autres.

 

Que de paradoxes qui ont accompagné mon enfance, puis ma vie d’adulte...

Finalement j’ai toujours su que je n’étais pas vraiment fait dans le même « moule » que les autres. J’ai toujours dit ce que je pensais, j’ai toujours cherché à tout simplifier, j’ai toujours essayé de comprendre les choses en fouillant le détail, étant pourtant incapable de voir l’essentiel.

Eh bien oui, je ne ris pas quand j’entends une blague, je ne ris pas devant un comique sur scène. Il me semble ridicule et ses propos sans intérêt. Mes amis, je suis désolé, mais si je souris parfois à vos bons mots, je n’en rirai jamais.

 

Mes souvenirs se résument à des détails. « Qu’est-ce qu’il a comme imagination ! » « Tu racontes des histoires ! » hurlait mon père. Non, j’ai juste imaginé ma vie, j’ai simplement créé les personnages qui ont fait mon enfance car ceux qui m’entouraient étaient inaccessibles. Alors j’ai inventé les choses, les gens et les histoires. Je me suis construit mon passé pour affronter mon avenir et oublier mon présent.

 

Aujourd’hui encore je m’isole, je vis en évitant la foule, j’observe pour savoir quand les magasins ont le moins de monde pour faire mes courses, je fuis la foule si petite soit-elle car elle n’est pas pour moi. Elle parle de ce que je ne comprends pas, elle a des signes, des gestes ou des mots échangés qui veulent signifier quelque chose pour toute personne normale, mais qui m’échappent totalement. Ça, je le sais depuis peu. Depuis qu’une femme d’écoute et de connaissance m’a dit pourquoi j’étais si différent, que j’étais tellement plein de paradoxes. J’aime faire plaisir, donner et aller vers les autres par des gestes amicaux, mais je refuse leurs retours, j’en ai peur, je ne les comprends pas.

 

Comment expliquer que je ressente si bien le mal qui ronge les autres alors que je ne suis même pas toujours capable de saisir ce qu’ils me disent ? Comment expliquer que je sois en mesure de me  concentrer au point d’écrire un livre de 240 pages en 4 jours qui donne des chroniques formidables et que j’ai écrit en moyenne 2 romans par mois en à peine un an, alors que je suis incapable de fixer mon attention pour lire les autres ?

Après quelques discussions, j’ai effectué des recherches sur Internet, j’ai écouté des conférences sur Internet, j’ai lu des articles, sur Internet, j’ai fait les tests, sur Internet et ce que m’a dit cette dame m’a confirmé dans ce que je pensais.

Oui, aujourd’hui, alors que j’ai bientôt vécu six décennies, aujourd’hui enfin, je sais pourquoi je suis si sensible et indifférent, je comprends les détails mais pas l’essentiel, j’ai peur des autres mais je les recherche tout en les évitant.

 

Oui, aujourd’hui je sais.

Merci Madame Moreau de m’avoir ouvert les yeux qui sont et seront toujours fermés sur les codes que vous autres, les normaux, vous utilisez pour communiquer.

Voilà qui je suis.

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